L’accès au financement ne suffira pas à réduire le taux de chômage chez les jeunes. Quelles autres solutions?

Le chômage des jeunes représente un défi majeur en Afrique. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le taux de chômage des jeunes en Afrique était de 12,7 % en 2022. Plus de 20 millions de jeunes en âge de travailler sont sans emploi, ce qui entrave le développement économique de l’Afrique.

La lutte contre le chômage des jeunes va au-delà de ces statistiques alarmantes. Il s’agit d’une étape cruciale pour exploiter le potentiel de la jeunesse africaine afin de favoriser une croissance économique durable, la stabilité sociale et l’innovation. Les jeunes qui ont un emploi rémunéré, contribuent à la réduction de la pauvreté ainsi qu’à la hausse de la consommation et à la formation d’une main-d’œuvre qualifiée capable de s’adapter à l’évolution des exigences de l’économie mondiale. La réalisation de ce potentiel n’est pas seulement un impératif économique, mais aussi un impératif moral. Le continent doit veiller à ce que sa ressource la plus précieuse – les jeunes – ne devienne pas un récit d’opportunités perdues, mais un phare de progrès et de prospérité.

Pourquoi les jeunes africains sont-ils au chômage et quelles en sont les conséquences ?

Les facteurs à l’origine du chômage des jeunes en Afrique et leurs conséquences peuvent varier d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre. Néanmoins, nous pouvons identifier quelques points communs que nous classerons en trois catégories :

Facteurs macroéconomiques

L’Afrique peine à fournir suffisamment d’emplois à ses jeunes, avec un taux de croissance économique faible de seulement 2,5 % en 2023. Les jeunes représentent 23,5 % des 38,1 % de travailleurs pauvres estimés en Afrique subsaharienne (ASS). 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, ce qui exerce une pression énorme sur la nécessité de créer des emplois. Alors que 10 à 12 millions de jeunes entrent sur le marché du travail chaque année, seuls 3,1 millions d’emplois sont disponibles. De nombreux jeunes se retrouvent donc au chômage.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) sont la plus grande source d’emploi en Afrique, mais elles sont confrontées à d’importantes barrières à l’entrée. Les MPME représentent 90 % des entreprises africaines et génèrent plus de deux tiers des emplois du continent. Les MPME dirigées par des jeunes se heurtent souvent à des obstacles importants malgré leur immense potentiel de création d’emplois. Elles ont du mal à accéder aux ressources essentielles, telles que la terre, le capital et la technologie. Le rapport FinAccess au Kenya indique que les jeunes âgés de 18 à 25 ans sont les plus exclus de l’accès aux services financiers, avec un taux d’exclusion de 22,5 %. Seuls 45 % des MPME dirigées par des jeunes sont susceptibles de s’adresser à des institutions financières pour obtenir un financement, contre 50 % des MPME non dirigées par des jeunes, parce que les MPME dirigées par des jeunes ne peuvent pas présenter un plan d’affaires structuré de manière adéquate.

La faible gouvernance et les déficiences institutionnelles découragent encore davantage la création d’emplois. Avec un score moyen de 51,8, l’Afrique subsaharienne se classe en dessous de la moyenne mondiale de 63, ce qui en fait l’une des régions les moins performantes en matière de facilitation des affaires. Ce faible score indique que l’environnement des affaires en Afrique subsaharienne est difficile et moins propice aux activités économiques. Ce score pourrait décourager les investisseurs potentiels et les activités commerciales, ce qui se traduit par des taux de chômage élevés.ommerciale, ce qui entraîne des taux de chômage élevés.

Méso-Facteurs

Une éducation insuffisante et un manque de compétences correspondant aux exigences du marché exacerbent le chômage des jeunes. En Afrique du Sud, par exemple, le taux de chômage des personnes âgées de 15 à 24 ans atteint le chiffre stupéfiant de 63 %. Stats SA souligne que le manque d’emplois adaptés à leurs compétences entraîne une perte d’espoir significative pour ces jeunes.

La mauvaise coordination entre les employeurs et les demandeurs d’emploi crée des obstacles importants. Ce manque de communication fait qu’il est difficile pour les jeunes de trouver des emplois convenables et d’aligner leurs compétences sur les besoins du marché du travail, ce qui perpétue le cycle du chômage. L’Afrique du Sud en est un bon exemple. Selon l’OIT, les institutions du marché du travail – intermédiaires entre les demandeurs d’emploi et les employeurs – augmentent les niveaux de salaire au-delà de ce qui serait nécessaire pour réduire le chômage.

En outre, l’intégration limitée des jeunes dans les chaînes de valeur locales, régionales et mondiales exacerbe le problème du chômage. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indique que la participation de l’Afrique aux chaînes de valeur régionales ne représente que 2,7 % de son engagement dans les chaînes de valeur mondiales. Ce taux contraste fortement avec celui d’autres régions, telles que l’Amérique latine et les Caraïbes, avec un taux de participation de 26,4 % et l’Asie, avec 42,9 %. Une intégration insuffisante dans ces réseaux économiques limite les possibilités pour les jeunes d’utiliser leurs compétences et leurs talents. Cela limite leur accès à des opportunités d’emploi adéquates.

Micro- Facteurs

Les préjugés sociaux et culturels, notamment à l’encontre de groupes tels que les femmes, les habitants des zones rurales et les minorités ethniques, contribuent au chômage des jeunes. L’OIT indique que dans certains pays d’Afrique subsaharienne, les femmes sont confrontées à des taux de sous-emploi élevés, de l’ordre de 40 à 50 %. En outre, le chômage des jeunes est plus prononcé dans les zones rurales, avec une différence de 10 % par rapport aux zones urbaines. Ces préjugés limitent les possibilités d’emploi pour des groupes spécifiques, rendent plus difficile la recherche d’un emploi pour les jeunes et perpétuent le problème du chômage des jeunes.

Résumé des contraintes aux niveaux macro, méso et micro

Des défis complexes aux niveaux macro, méso et micro sont à l’origine du chômage des jeunes Africains. Ces défis limitent les opportunités économiques pour les jeunes Africains et conduisent à des problèmes sociaux tels que l’inégalité et la sous-utilisation du capital humain. Lors de l’élaboration de la stratégie de AGRA en matière d’emploi, d’autonomisation et d’entrepreneuriat des jeunes, MSC a identifié les principaux facteurs et conséquences de l’augmentation du chômage des jeunes.

Quelles sont les conséquences du chômage et que perdons-nous lorsque les jeunes sont exclus des activités économiques?

Nous perdons le potentiel d’un segment de population important et dynamique qui pourrait être le moteur de l’innovation, de l’esprit d’entreprise et du changement social en Afrique. Nous perdons l’occasion d’exploiter le dividende démographique, c’est-à-dire l’avantage économique qui découle du fait qu’un pays compte une grande proportion de personnes en âge de travailler par rapport aux personnes à charge. Environ 60 % de la population africaine est essentiellement jeune et pourrait contribuer à la création d’emplois, à l’augmentation de la productivité et à l’amélioration du niveau de vie si elle était utilisée à bon escient. Nous perdons la chance d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD), un ensemble d’objectifs mondiaux visant à mettre fin à la pauvreté, à protéger la planète et à garantir la paix et la prospérité pour tous d’ici à 2030.

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